On nous a promis l’IA comme le nouveau ticket pour le futur. On nous promet un ordinateur presque autonome, capable de créer des chefs-d’œuvre en quelques secondes et de travailler à la vitesse de la lumière, le tout depuis ton canapé. On nous vend l’IA comme la solution parfaite, capable de tout faire ou presque
Bienvenue dans la liberté numérique : on nous promet le même voyage, mais pendant que certains partent dans l’espace, les autres doivent se contenter du casque 3D.
Peut-on encore parler d’égalité lorsque l’IA, présentée comme accessible à tous, risque surtout de creuser un abîme entre les hommes ?
La réalité derrière la vitrine
C’est comme attendre GTA VI , tu vois des vidéos sur YouTube qui font rêver, mais le jour où tu veux vraiment jouer… surprise, la version complète, celle qui porte vraiment la vision artistique des développeurs, est réservée à ceux qui paient le collector. Les autres auront bien le jeu, mais avec moins d’accès, moins de contenu. Tu veux la culture ? Alors aligne les zéros.
L’accès existe pour tous, certes, mais il n’est ni égal dans ses usages, ni égal dans ses effets : certains utilisent l’IA comme un assistant pour accroître leurs compétences, quand d’autres en viennent à délaisser une logique humaine patiemment forgée par des siècles de savoir, d’erreurs, de transmission et d’héritage, jusqu’à se soumettre à un code binaire conçu par une poignée de personnes.
Bienvenue dans l’égalité numérique promise : peut-être n’était-elle que le début d’une nouvelle soumission sociale numérique.
L’illusion de l’égalité numérique
Rousseau écrivait déjà dans Du contrat social : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ». Aujourd’hui, les chaînes ont changé de forme : elles passent désormais par le Wi-Fi.
On nous promet l’IA comme la libération : une technologie pour tous, sans besoin d’être geek ni d’avoir une carte gold. Résultat ? Une égalité 100% marketing, 0% dans la vraie vie. Tu veux accéder au progrès ? Sors la carte bancaire, prépare tes identifiants.
La fracture numérique n’a pas disparu, elle a juste changé d’avatar : elle parle en GPT, elle te vend du rêve, mais dès que tu grattes, au lieu de gagner, il faut passer à la caisse.
Version gratuite ? Prépare-toi à cliquer, recharger, attendre, et lire “revenez demain” et profite pour lancer des jurons à l’heure actuelle les PC ne peuvent pas encore te répondre sans filtre. Rousseau avait ses fers, toi t’as le message « revenez demain ».
Bienvenue dans la liberté numérique : la promesse est celle de l’émancipation universelle, mais la vraie liberté, elle, ne se débloque qu’à coups de zéros, pour accéder à ce soi-disant universel.
GPT, Claude, Gemini : le progrès plus chère que l’essence
Tous les deux ou trois mois, un nouveau modèle d’IA promet de repousser les limites. GPT-5.4, Claude 4.6, Gemini 3… Toujours plus rapides, plus puissants et plus cher à utiliser. Pour profiter du vrai potentiel, il faut non seulement l’abonnement, mais aussi savoir manier l’art du prompt. Ce qu’on nous vend comme un progrès universel ressemble de plus en plus à une utilisation optimale sous conditions.
L’IA gratuite fait rêver, mais en réalité, c’est comme la Joconde derrière sa vitre : tout le monde peut la regarder, mais seuls ceux qui paient ont droit à l’expérience VIP, sans la foule, sans la distance, avec tous les détails et une coupe de champagne dans la main. Les autres peuvent repartir avec la photo.
Car derrière ces IA qui évoluent sans cesse, il n’y a pas seulement des prompts à écrire, mais des empires qui décident comment le savoir se distribue.
Les géants tiennent la boutique : ils sont devenus les nouveaux ministres de la connaissance.
Les GAFAM ne se contentent plus de fournir l’infrastructure : ils fabriquent, distribuent et verrouillent l’intelligence artificielle. Ce sont eux qui décident ce qui est gratuit, ce qui est premium, et qui peut vraiment en profiter. La souveraineté numérique, c’est surtout eux qui la détiennent.
Les grandes entreprises, elles, peuvent s’offrir sans problème la version premium de GPT à 103 euros par utilisateur et par mois. Les indépendants, les services publics et le grand public, eux, se partagent les miettes. L’écart ne fait que grandir : l’IA ne corrige rien, elle accentue encore plus les inégalités. De plus, ce système mis en place repose en grande partie aussi sur ceux qu’il prétend aider.
Chaque jour, des centaines de millions d’utilisateurs entraînent ces IA bénévolement. Ils les corrigent, les nourrissent, puis, pendant que les actionnaires touchent les dividendes. On revend à ces mêmes bénévoles, le fruit de leur travail sous la forme d’abonnements toujours plus chers.
Demain, tous abonnés ?
Si rien ne bouge, l’IA sera le nouvel abonnement qu’on subit. Un outil qui vend du rêve, mais qui se livre exclusivement au plus offrant.
Demain, l’IA sera peut-être partout, mais jamais vraiment « pour tous » : juste en location, à renouveler chaque mois, avec de nouveaux verrous et des limites toujours plus proches à chaque mise à jour.
Après la multiplication des abonnements pour les plateformes TV une série sur Netflix, une autre sur Disney+, une autre encore sur HBO. Il faudra peut-être bientôt collectionner aussi les abonnements IA pour approcher cette fameuse universalité.
De surcroît, l’IA est en train de modeler les êtres humains selon sa logique binaire, au profit des heureux GAFAM.
À ce rythme, peut-on encore parler d’égalité numérique, ou commence-t-on déjà à glisser vers une forme de ségrégation numérique ?
3 choses à retenir :
- L’égalité d’accès à l’IA, c’est surtout une vitrine : la fracture numérique reste, elle change juste de costume.
- Plus tu veux profiter du progrès, plus il faut payer.
- L’IA ne libère pas, elle multiplie les barrières… sauf pour ceux qui tiennent la boutique.